Parcours de Docteurs : Julie S. Lopes

Après un doctorat en microbiologie, Julie choisit de quitter la recherche académique et emprunte plusieurs chemins, entre industrie, entrepreneuriat et accompagnement professionnel, avant de revenir à sa première passion : les sciences.

Aujourd’hui journaliste et rédactrice scientifique à La Gazette du Laboratoire, elle valorise les travaux et les parcours des acteurs du monde scientifique à travers l’écriture et les rencontres.

Dans cette interview, elle revient sur son parcours atypique, les compétences transférables du doctorat et son quotidien au cœur de l’écosystème des sciences.

Prénom :   Julie      Nom : SAVERIMOUTOU LOPES

📡 MASTER 2 : Biochimie et Biologie Structurale

🛰 UNIVERSITÉ : Université Grenoble Alpes

🏅 DATE D’OBTENTION : 2016

📡 DOCTORAT : Microbiologie 

🛰 UNIVERSITÉ : Université Grenoble Alpes

🏅 DATE D’OBTENTION : 2019

💡 SCIENTIFIQUE PRÉFÉRÉ : Rosalind Franklin

🚀 LE TITRE DE TA THÈSE : Développement de nouvelles stratégies de lutte contre les biofilms de Providencia stuartii, un pathogène humain multi-résistant

 

 

Q : Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours en quelques lignes ?

JSL : Je m’appelle Julie S. Lopes et je suis aujourd’hui journaliste et rédactrice scientifique pour la Gazette du Laboratoire. J’ai débuté mon parcours professionnel en suivant le schéma classique de l’université – licence, master, doctorat – avant de bifurquer vers le privé à la fin de ma thèse. Je savais dès le départ de celle-ci que je ne désirais pas continuer dans le monde académique au vu des difficultés de prise de poste permanent rapide. J’ai donc poursuivi en tant que responsable technique chez Eurofins Cœur de France à Moulins. Après un an et demi, je n’accepte pas le CDI que l’on me propose et je décide de sortir du monde de la biologie et de me réorienter. C’est alors que je me fais accompagner dans du coaching et que je pars à la découverte de moi-même (notamment en passant par du bénévolat). Six mois plus tard, je deviens entrepreneuse dans l’accompagnement professionnel grâce au développement personnel. Je fais ce métier de freelance pendant environ trois ans, avant de revenir vers les sciences en tant que formatrice pour un cabinet de recrutement de jeunes chercheur·ses pendant six mois. C’est au moment du Forum Labo 2024 à Lyon que je rencontre La Gazette du Laboratoire, et là, coup de cœur.
Mon CV leur plaît et l’enthousiasme que je ressens dans ce stand de Presse scientifique me fait vibrer ! Quatre mois plus tard, l’équipe me recontacte pour me proposer un poste de journaliste et rédactrice scientifique, que j’accepte dans la foulée.

 

Q : Pourquoi avoir choisi le doctorat ?

JSL :

Je n’ai pas choisi le doctorat. Le doctorat est venu à moi, comme une suite logique de mon parcours.

Après mon baccalauréat, et sachant seulement que j’aimais bien la biologie, je me dirige spontanément vers une licence universitaire, toujours en me disant que je m’arrêterai là. Finalement, j’ai continué en master, tout en me disant que « ô jamais » je ne ferai de thèse. Bon… Finalement, j’ai fait une thèse ^^. La recherche me plaisait, et j’avais tout simplement envie de continuer.

 

Q : En quoi consiste ton métier actuel ?

JSL : Mon métier de journaliste et rédactrice scientifique consiste à valoriser les acteurs du monde des sciences à travers l’écrit. Dans un premier temps, mon travail consiste à faire de la veille, en d’autres termes je recherche des pistes rédactionnelles. Concrètement, cette étape peut se passer de plusieurs manières : 1) je reçois des communiqués de presse, 2) je vais chercher l’information sur internet (site, LinkedIn…), 3) je me déplace dans des événements, 4) on me contacte directement. Une fois les contacts récupérés – qu’ils s’agissent de scientifiques au laboratoire, de prestataires, de fournisseurs, d’associations ou encore de plateformes, j’envoie un mail explicatif de ma démarche : proposer un article pour valoriser leur travail. Si la personne accepte, je programme une interview avec elle – soit en visio, soit en visite au laboratoire. Avec l’échange enregistré, je le retranscris en article, que j’envoie pour corrections et validation à l’interlocuteur·rice avant parution dans le journal.

Pour résumer, mes missions principales sont : la veille, les déplacements (je suis déjà allée à Grenoble, Lyon, Paris, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Nice et Sète), les interviews et la rédaction. A côté de cela, je partage mes aventures et les articles que je rédige sur LinkedIn, en mentionnant et en gardant le lien avec les scientifiques que je rencontre.

 

Q : Comment as-tu trouvé ton métier actuel et qu’est-ce qui t’a attiré dans ce métier ? 

JSL : C’est une belle histoire de synchronicité. Mon travail au sein du cabinet de recrutement n’étant qu’un CDD de six mois, j’anticipais et préparais déjà la suite, d’où ma présence au Forum Labo 2024. A ce moment-là, la Gazette du Laboratoire souhaitait une présence terrain dans la région Auvergne Rhône-Alpes. C’est alors que notre rencontre est tombée à point nommé. De plus, nous nous sommes tout de suite très bien entendues (les membres de la Gazette et moi-même), entraînant très rapidement la reprise de contact post-événement.

Avant même de savoir que quelques mois plus tard je travaillerai pour le journal, je suis repartie du Forum très excitée à l’idée qu’un tel métier puisse exister. Directement, je m’y suis projetée, de par son aspect scientifique sans devoir être dans un laboratoire sur un sujet spécifique. J’ai également été attiré par le métier de journalisme scientifique par la richesse des sciences (biologie, chimie, agro, cosméto, environnement, santé…) et la rencontre de ses acteurs. Et enfin, sa notion de liberté a été un élément clé, du fait d’être assignée à des secteurs et non à un bureau commun.

 

Q : Qu’est-ce que le doctorat t’apporte dans tes fonctions au quotidien ? Est-ce que tu utilises des compétences que tu as acquises pendant ton doctorat dans ton métier actuel et si oui, lesquelles ?

JSL : Déjà l’écriture. On me demande quelques fois si en plus de ma formation scientifique, j’ai dû faire une formation de journalisme. Absolument pas. En thèse, nous écrivons énormément (déjà pour le manuscrit en soit, puis pour les papiers et les communications écrites ou encore les demandes de financement), faisant de cette compétence une force pour le métier de rédactrice scientifique.

Ensuite, il y a bien évidemment les sciences.

Mes connaissances et mon expertise scientifique acquises en laboratoire m’aident au quotidien dans mes interactions et mes interviews avec les scientifiques. Quel que soit le domaine.

L’autonomie et l’organisation sont également de grandes forces apprises durant le doctorat. Dans le métier de journalisme scientifique, il faut savoir organiser ses journées entre la rédaction, le traitement des mails, les interviews et les déplacements. Garder un équilibre entre toutes ses tâches est essentiel pour un travail efficace. Ce fonctionnement est très proche du travail de thèse entre toutes les manips, la rédaction, les analyses de données, les réunions, etc… Cette notion d’organisation va de pair avec l’autonomie, surtout lorsqu’on travaille seul·e sur un sujet (ce qui est le cas de la thèse puisque personne d’autres ne portent son sujet).

Enfin, je dirai la passion pour les sciences. Je pense sincèrement que lorsque l’on fait une thèse, être passionné·e aide fortement à tenir le rythme et à continuer à faire les choses avec joie, même si c’est parfois difficile et qu’on n’en voit pas le bout. Et quand tout va bien, c’est jackpot, il n’y a plus qu’à profiter. C’est exactement ce sentiment que je ressens dans mon métier de rédactrice scientifique : une passion qui me prend aux tripes, et qui est né de la recherche académique faite en amont.

 

Q : As-tu eu des mentors ou des modèles qui t’ont inspiré ?

JSL : La personne qui me vient directement en tête est Déborah Pardo. Cette scientifique m’inspire sur plusieurs plans. Tout d’abord, c’est une scientifique. Après une thèse et des postdocs qui lui ont permis de travailler sur les albatros et l’effet du changement climatique sur cette population, elle a décidé de quitter le monde académique pour porter ses valeurs au-delà des pipettes. Elle est aujourd’hui une entrepreneuse-leadeuse qui forme d’autres représentants et scientifiques à devenir des leaders d’envergure pour l’environnement et la planète à leur tour. Elle a écrit son livre « Déployer sa vie comme un albatros » que j’ai dévoré et que je recommande ! C’est un doux mélange de science, de développement personnel et de passage à l’action. En tant que docteur·e engagé·e, on ne peut que se retrouver dans son parcours et ses valeurs.

A côté de son parcours très inspirant, Déborah m’a également beaucoup aidé à l’époque de ma reconversion professionnelle. Elle m’a donné l’opportunité d’être bénévole dans son association de l’époque « Earthship Sisters », qui avait pour objectif d’être au service de femmes entrepreneuses engagées pour l’environnement. J’ai ainsi aidé à la coordination des événements et à l’organisation de la traversée Marseille-Corse en voilier. Ce voyage m’a profondément transformé de l’intérieur et je remercie encore chaleureusement Déborah de m’avoir permis de vivre cette expérience unique.

 

Q : Quels conseils donnerais-tu aux futurs docteurs qui souhaiteraient occuper un poste similaire au tien ?

JSL : De manière générale, je dirais de rester ouvert. Personnellement, durant et après ma thèse, je n’aurai jamais imaginé devenir un jour journaliste et rédactrice pour un journal scientifique. Alors oui, c’est important de rester ouvert, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve.

En lien avec ce premier point, toujours continuer à nourrir son réseau et à prendre soin des relations que l’on a avec les autres. Dans mon métier aujourd’hui, mon réseau scientifique m’aide énormément ! Et même si j’ai fait une pause de plus de trois ans durant lesquels je n’ai plus fait de science, lorsque j’ai repris dans le domaine, ce réseau que j’ai cultivé depuis le master et la thèse est toujours bien présent, et il constitue une force dans mon métier. Quelque soit la relation professionnelle, faire en sorte que celle-ci se passe au mieux dans l’échange peut toujours servir. Par exemple, lors d’une de mes interviews, j’ai retrouvé un membre de mon jury de thèse ! Ou encore mes relations avec le CEA de Grenoble m’ont permis d’obtenir des contacts et des interviews inédits. De même, que j’écris ici pour témoigner de mon parcours grâce à ce même réseau.

Q : As-tu des recommandations de ressources (livres, podcasts, médias) à partager ?

 

Bien évidemment, j’encourage les jeunes scientifiques à s’abonner gratuitement à la Gazette du Laboratoire pour recevoir une source précieuse :

  • d’actualités scientifiques si on veut se tenir à jour,
  • de métiers variés dans le monde du laboratoire pour des idées de trajectoires,
  • d’offres spécifiques si on est en recherche d’emploi
  • de contacts pour alimenter son réseau
  • etc…

 

Je mentionne de nouveau le livre de Déborah Pardo « Déployer sa vie comme un albatros » pour recevoir une dose d’inspiration en termes de parcours, d’engagement et d’introspection.

Et enfin, le podcast « Au-delà de la Thèse » de Papa PhD, aka David Mendes da Silva, tourné sur l’exploration de l’équilibre carrière / vie personnelle pour les universitaires et les doctorant·es.

Pour terminer, je souhaite valoriser également les associations tenues par les jeunes scientifiques, destinées à venir en soutien aux doctorants et doctorantes durant et après leur thèse. Souvenez-vous que vous n’êtes pas qu’une carrière, vous êtes aussi un·e être humain à prendre soin. Ainsi, si vous vous sentez en difficulté mentale, je vous invite à en parler et les associations peuvent être un endroit idéal pour cela.

 

Contact Julie :

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